lundi 31 octobre 2016

Un pasteur révolutionnaire

À Chicago, un pasteur révolutionnaire défend les Afro-Américains défavorisés

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L'activisme du père Pfleger remonte à l'époque où, adolescent, il a vu Martin Luther King se faire agresser par des Blancs dans le quartier où il a grandi.

#EUROPEGOESUS - Pasteur blanc dans un quartier peuplé à 90 % d'Afro-Américains, le père Pfleger s'inquiète des conséquences de la campagne de Donald Trump sur la société. «Si rien n'est fait, on assistera à des émeutes raciales dans les cinq prochaines années», prédit-il.


South Side Chicago (Illinois)
Les flèches de l'église Sainte-Sabine se dressent fièrement dans le quartier de South Side, où la population est composée à 90 % d'Afro-Américains. La violence quotidienne, les affrontements entre gangs, la dépendance à la drogue, l'analphabétisme et le chômage sont le lot de cette communauté, l'une des plus défavorisées de Chicago. Son guide spirituel est un pasteur blanc, aussi énergique qu'ironique. Une personnalité controversée... Militant de la première heure pour les droits civiques, il s'est engagé à l'époque où, adolescent, il a vuMartin Luther King se faire agresser par des Blancs dans le quartier où il a grandi. Le père Michael Pfleger est toujours resté fidèle à ses principes, ce qui lui a valu de recevoir des menaces et d'être exclu des sphères d'influence de la ville. Mais il est devenu une sorte d'icône de la lutte contre la violence, fléau des rues de Chicago.

Sur une vitre de l'église Sainte-Sabine, le signe «peace and love» accompagne le message «les enfants ont le droit de grandir».

Spike Lee a même fait appel à John Cusack pour l'incarner dans son film sur Chicago Chi-Raq. Dans son bureau, les murs sont couverts de photos représentant les plus grands défenseurs des droits civiques et de la culture afro-américaine comme Jesse Jackson, Coretta Scott King ou encore Desmond Tutu. Sous la photo de Martin Luther King se trouve celle du KO infligé par Cassius Clay à Sonny Liston (Barack Obama avait la même dans son bureau de sénateur). Il faut dire que le père Pfleger est un combattant. Imaginez un Blanc qui a réussi à faire oublier sa couleur de peau à ses ouailles et qui prêche comme un pasteur noir, avec un style énergique et des sermons qui marquent l'assistance. Une vie de lutte et de dénonciation de l'injustice qui inspire le respect.
Le père Pfleger nous explique son action, qui est double. Aider d'abord, avec des écoles, des formations pour adultes, des logements pour les sans-abris, des repas chauds, des vêtements et des cures de désintoxication. Agir ensuite, grâce au militantisme: lutte contre la vente d'objets servant à consommer de la drogue, contre les publicités sur l'alcool et le tabac et contrôle de la qualité de la nourriture vendue dans les magasins. Mais le pasteur cherche avant tout à inclure tout le monde dans son action, que ce soit les gangs, dont il a appris le langage et les codes, ou les prostituées. Et toujours dans le respect strict de la loi. Aujourd'hui, sa priorité est d'expliquer aux gens comment voter. Ainsi, pour pouvoir glisser son bulletin dans l'urne, il faut être enregistré.
Comment voyez-vous cette campagne électorale?
Il est essentiel que les gens aillent voter. Je ne leur dis jamais pour qui voter, ce serait une insulte. Mais je critique beaucoup Trump qui exprime ce qu'il y a de pire dans ce pays. La population est déçue par le gouvernement, et je le suis aussi, mais nous ne devons pas laisser notre frustration nous exclure du processus politique. Pour les primaires, j'ai soutenu Bernie Sanders, mais ce n'est pas lui qui brigue la présidence.


Si Hillary Clinton est élue, que se passera-t-il?
Nous avons commis une grande erreur en 2008: nous avons lutté pour faire élire Obama, puis nous avons attendu qu'il agisse. Nous ne devons pas relâcher la pression, même après les élections. Ce qui me préoccupe aussi, ce sont ces gens à qui Trump a donné la parole. Ils ne vont pas disparaître après le vote. Il y a, chez les Blancs, cette idée diffuse qui voudrait que Trump soit leur dernière chance de reprendre le pouvoir aux États-Unis. Et cela me terrifie. Si rien n'est fait, on assistera à des émeutes raciales dans les cinq prochaines années. Les jeunes générations n'accepteront pas de subir ce que leurs parents ont subi. Grâce au ciel.
Et l'Église?
L'Église a abandonné l'Amérique, les pauvres et les laissés-pour-compte. Elle s'est laissé tenter par l'argent. Cependant, le Pape me plaît beaucoup car il a remis les pauvres au premier plan. Mais de nombreux évêques n'aiment pas son discours. J'espère qu'il vivra assez longtemps pour nommer des personnes qui mettent sa vision en application. Car, aujourd'hui, ce n'est pas le cas.
Le père Pfleger se lève. Sous la table son chien, un cocker, s'anime. Et son nom est... Justice.

Source: http://www.lefigaro.fr/elections-americaines/2016/10/31/01040-20161031ARTFIG00125--chicago-un-pasteur-revolutionnaire-defend-les-afro-americains-defavorises.php

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samedi 29 octobre 2016

La connaissance

« Consacre ton coeur à la connaissance et aime-la comme une mère. Car rien n’est aussi précieux que la connaissance… Seul l’homme instruit est maître de lui-même. » conseillait un père égyptien à son fils [il y a 3500 ans].

Mentionné dans « Une histoire du peuple juif » de Chaïm Potok – 1996




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dimanche 9 octobre 2016

L'homme parfait

L'homme parfait est sans moi, l'homme inspiré est sans oeuvre ; l'homme saint ne laisse pas de nom.



Kia-hway Liou (Autre)

ISBN : 2070705293 
Éditeur : GALLIMARD (1985)




jeudi 14 juillet 2016

Ah ! ça ira, ça ira !

Ah ! ça ira, ça ira, ça ira,
Le peuple en ce jour sans cesse répète,
Ah ! ça ira, ça ira, ça ira,
Malgré les mutins tout réussira.
Nos ennemis confus en restent là
Et nous allons chanter « Alléluia ! »
Ah ! ça ira, ça ira, ça ira,
Quand Boileau jadis du clergé parla
Comme un prophète il a prédit cela.
En chantant ma chansonnette
Avec plaisir on dira :
Ah ! ça ira, ça ira, ça ira !
Suivant les maximes de l’évangile
Du législateur tout s’accomplira.
Celui qui s’élève on l’abaissera
Celui qui s’abaisse on l’élèvera.
Le vrai catéchisme nous instruira
Et l’affreux fanatisme s’éteindra.
Pour être à la loi docile
Tout Français s’exercera.
Ah ! ça ira, ça ira, ça ira !
Pierrette et Margot chantent la guinguette
Réjouissons-nous, le bon temps viendra !
Le peuple français jadis à quia,
L’aristocrate dit : « Mea culpa ! »
Le clergé regrette le bien qu'il a,
Par justice, la nation l’aura.
Par le prudent Lafayette,
Tout le monde s’apaisera.
Ah ! ça ira, ça ira, ça ira,
Par les flambeaux de l’auguste assemblée,
Ah ! ça ira, ça ira, ça ira,
Le peuple armé toujours se gardera.
Le vrai d'avec le faux l’on connaîtra,
Le citoyen pour le bien soutiendra.
Ah ! ça ira, ça ira, ça ira,
Quand l’aristocrate protestera,
Le bon citoyen au nez lui rira,
Sans avoir l’âme troublée,
Toujours le plus fort sera.
Petits comme grands sont soldats dans l’âme,
Pendant la guerre aucun ne trahira.
Avec cœur tout bon Français combattra,
S’il voit du louche, hardiment parlera.
Lafayette dit : « Vienne qui voudra ! »
Sans craindre ni feu, ni flamme,
Le Français toujours vaincra !
Ah ! ça ira, ça ira, ça ira !
Les aristocrates à la lanterne,
Ah ! ça ira, ça ira, ça ira !
Les aristocrates on les pendra !
Ah ! ça ira, ça ira, ça ira !
Les aristocrates à la lanterne.
Ah ! ça ira, ça ira, ça ira !
Les aristocrates on les pendra.
Si on n’ les pend pas
On les rompra
Si on n’ les rompt pas
On les brûlera.
Ah ! ça ira, ça ira, ça ira,
Ah ! ça ira, ça ira, ça ira,
Nous n’avions plus ni nobles, ni prêtres,
Ah ! ça ira, ça ira, ça ira,
L’égalité partout régnera.
L’esclave autrichien le suivra,
Ah ! ça ira, ça ira, ça ira,
Et leur infernale clique
Au diable s’envolera.
Ah ! ça ira, ça ira, ça ira,
Les aristocrates à la lanterne ;
Ah ! ça ira, ça ira, ça ira,
Les aristocrates on les pendra ;
Et quand on les aura tous pendus,
On leur fichera la paille au c...,
Imbibée de pétrole, vive le son, vive le son,
Imbibée de pétrole, vive le son du canon.

mercredi 27 janvier 2016

Théodore

Ptolémée I, (compagnon d’armes d’Alexandre le Grand, maître de l’Egypte et de la Cyrénaïque), « envoya un jour (Théodore) comme ambassadeur auprès de Lysimaque (autre compagnon d’Alexandre, roi, lui, de Thrace) »(II, 102) Voici donc ce dénonciateur du patriotisme et ce défenseur du cosmopolitisme au service du souverain qui règne sur sa patrie. On comprend ainsi pourquoi il joue le rôle qui lui est confié d’une manière guère orthodoxe :
« A cette occasion, alors que Théodore s’exprimait avec une grande franchise, Lysimaque lui dit : « Mais dis-moi, Théodore, n’est-ce pas toi qui as été banni d’Athènes ? » A quoi Théodore répliqua : « On t’a bien informé. En effet la cité d’Athènes, comme elle n’était pas capable de me supporter, m’a expulsé, tout comme Sémélé a expulsé Dionysos. » »
L’histoire de Sémélé vaut d’être connue ; écoutons Pierre Larousse la raconter dans sa version romaine :
« Sémélé, fille de Cadmus et d’Harmonie et mère de Bacchus (Dionysos). Elle fut d’abord aimée en vain par Actéon, que Diane, suivant quelques auteurs, ne fit périr qu’à cause de cette passion, elle-même brûlant d’un feu secret pour le beau chasseur. Jupiter s’éprit ensuite des charmes de Sémélé et n’eut pas de peine à la séduire, grâce à sa qualité de maître des dieux déguisé sous les traits et la taille d’un adolescent (l’ado, incarnation du dieu des dieux, quelle illustration magnifique de notre jeunisme !). Mais il eut beau envelopper cette nouvelle infidélité de tous les voiles du mystère, Junon, la jalouse Junon, eut bientôt pénétré le secret, et la vengeance ne se fit pas attendre. Revêtant la figure de Béroé, la vieille nourrice de Sémélé, elle se présenta à sa rivale, lui inspira des soupçons sur la personnalité de son amant et lui donna le conseil perfide d’exiger de lui qu’il la visitât entouré de tous les attributs de sa puissance, afin de lui prouver ainsi sa divinité. Jupiter, qui avait juré par le Styx à Sémélé de lui accorder sa demande, avant de la connaître, dut enfin remplir sa promesse. Il se montra donc à elle dans un nuage de lumière, tenant d’une main le sceptre et de l’autre la foudre. Sémélé, ivre de gloire et d’amour, lui tendit les bras et se précipita dans les siens ; mais elle fut aussitôt embrasée et consumée (quelle fin idéale pour les contempteurs de la passion !). Mais l’enfant (Dionysos donc) qu’elle portait dans son sein ne périt point ; Jupiter l’enferma dans sa cuisse jusqu’au terme de sa naissance. Quand ce fils fut grand, il descendit aux enfers pour en retirer sa mère et obtint de son père Jupiter qu’elle serait admise dans l’Olympe parmi les immortelles, sous le nom de Chioné ou Thyoné. » (Dictionnaire universel du 19e siècle 1875)
Théodore, dit Dieu, se compare donc au fils de Zeus (à noter que le choix du dieu est, qui plus est, judicieux : Dionysos incarne le refus du politique et des valeurs socialisées). On comprend la réaction du diadoque, potentat mis au défi :
« Lysimaque reprit : « Eh bien, tâche de ne plus te retrouver chez nous ». « Pas de risque, dit Théodore, sauf si Ptolémée m’y envoie »
La réplique théodoréenne, certes ferme, manque tout de même du panache que lui conférait en revanche Cicéron dans les Tusculanes. Ce dernier d’ailleurs la rapporte sous deux versions, chacune plus cynique que l’autre :
« N'admirons-nous pas Théodore de Cyrène, célèbre philosophe, qui, menacé par le roi Lysimaque d'être pendu à une croix : "Intimidez", lui dit-il, "vos courtisans avec de telles menaces; pour Théodore, il lui est indifférent qu'il pourrisse, ou dans la terre, ou dans l'air" (Livre I, 43 trad. de Nisard 1841)
« Théodore, quand Lysimaque le menaça de lui ôter la vie, "O le grand exploit", dit-il à ce prince, "quand vous ferez ce qu'une cantharide peut faire aussi aisément que vous ! » (Livre V, 40)
Montaigne reprendra l’ultime variante cicéronienne mais pour dénoncer la mise en scène des morts philosophiques et leur préférer le courage simple des hommes ordinaires :
« Or laissons ces glorieux courages : Theodorus respondit à Lysimachus menaçant de le tuer : Tu feras un grand coup d'arriver à la force d'une cantharide. La plus part des Philosophes se treuvent avoir ou prevenu par dessein, ou hasté et secouru leur mort. Combien voit-on de personnes populaires, conduictes à la mort, et non à une mort simple, mais meslee de honte, et quelquefois de griefs tourmens, y apporter une telle asseurance, qui par opiniatreté, qui par simplesse naturelle, qu'on n'y apperçoit rien de changé de leur estat ordinaire : establissans leurs affaires domestiques, se recommandans à leurs amis, chantans, preschans et entretenans le peuple : voire y meslans quelquefois des mots pour rire, et beuvans à leurs cognoissans, aussi bien que Socrates ? » (Essais Livre I chap.XV)
Revenons à la version de Diogène Laërce :
« Mithrès, le trésorier de Lysimaque, qui se trouvait là, lui dit : « Non content de ne pas reconnaître les dieux, tu sembles ne pas reconnaître non plus les rois » ( Timocrate, ancien disciple d’Epicure, quand il voudra salir son maître, le transformera en larbin de Mithrès le larbin : Diogène, dégoûté, rapporte avec des pincettes : « A ce que dit Timocrate (...) Epicure flatte honteusement Mithrès, l’administrateur de Lysimaque, le qualifiant dans ses lettres de « Sauveur » et « Seigneur » » (X, 4)) « Comment, dit Théodore, puis-je ne pas reconnaître les dieux, alors que précisément, je te considère, toi, comme un ennemi des dieux ? »
C’est confirmé : Théodore n’est pas l’ennemi des vrais dieux, il est seulement l’adversaire des amis des faux dieux.

jeudi 3 décembre 2015

Pourquoi Zuckerberg n'est pas le père Noël


Pour la naissance de sa fille, le fondateur de Facebook s'est offert un faire-part à 45 milliards de dollars : en annonçant que son épouse et lui allaient léguer 99 % de leurs actions à une organisation philantropique, Mark Zuckerberg a reçu un torrent de commentaires positifs et de messages de félicitations de la part d'autres milliardaires. Mais passé les premiers éloges, il faut préciser que cet élan de générosité n'est pas totalement désintéressé. D'abord parce que le don se fera "progressivement", tout au long de la vie des époux - pas plus de 1 milliard par an dans les trois prochaines années. Ensuite parce que l'argent ne sera pas versé à une ONG, mais à la propre fondation de "Zuck", qui aura un statut d'entreprise à responsabilité limitée. Et enfin parce que, comme l'ont souligné de nombreux observateurs européens, Facebook s'est toujours montré beaucoup moins soucieux du bien de l'humanité quand il s'est agi de payer des impôts. Comme dit le proverbe, charité bien ordonnée...

Benoît Georges @bengeorges
Les Echos